« L’injustice sociale est une évidence si familière, elle est d’une constitution si robuste,
Qu’elle paraît facilement naturelle à ceux
qui en sont victimes »

                    Marcel Aymé

 

 

 

 

 

 

 

 

  N 'oubliez de signer la pétition pour l 'élevage émanant d 'un collectif d éleveurs http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N37242.       Posté le : 13.03.2013...      

> INF# = 164 .
Envoyé le: 13.12.2011.
>INFO :
Propositions législatives de réforme de la Politique Agricole Commune 2014-2020 :

Position de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC)

 

Alors que la crise financière et économique s’aggrave, que le chômage augmente fortement en Europe, que les problèmes environnementaux sont de plus en plus prégnants, la proposition de la Commission Européenne reste dans la logique des dernières réformes et ne répond pas correctement aux défis. Malgré quelques bonnes inflexions instrumentales, l’UE continue la même politique.

Or l’UE a perdu 20% de ses exploitations agricoles entre 2003 et 20101 (1). Si l’on veut garder une agriculture paysanne en Europe et installer des jeunes, il faut que ce métier soit d’abord reconnu sur le plan économique, avec des prix agricoles justes et des perspectives de revenu. Or le revenu agricole ne semble pas être un objectif clé de la proposition.

    Les objectifs annoncés de meilleure légitimité sociale/environnementale des paiements directs ne se retrouvent guère dans les propositions concrètes.

    L’absence de régulation des marchés et de la production annonce de prochaines crises sectorielles.

    Les chèques nationaux remplacent une vraie PAC juste, sociale et durable pour les paysans/paysannes et consommateurs/consommatrices: or la PAC n’est pas qu’une distribution de subsides.

Avant de préciser notre position sur les points clé de la proposition, rappelons que ECVC2 a développé, avec ses alliés du mouvement Foodsovcap3, une option alternative basée sur la souveraineté alimentaire, qui donne de nouvelles priorités à la politique agricole et alimentaire européenne :

    Nourrir la population européenne, au lieu de prioriser importation/exportation,

    promouvoir des agricultures paysannes et durables partout en Europe, au lieu de favoriser la restructuration et l’industrialisation de la production

    réguler la production et les marchés, condition nécessaire à des prix agricoles justes et stables.


Mesures de marché: il faut une boite à outils bien garnie

Les crises sectorielles agricoles des dernières années ont montré que sans régulation au niveau de la production et des marchés, sans instruments pour empêcher les excédents structurels ou les pénuries, on ne peut stabiliser les marchés. Or bien que cela soit une des priorités assignées à la PAC par le traité de Lisbonne, la proposition de la Commission ne la respecte pas.

Traiter la volatilité des prix en aval des problèmes par des systèmes d’assurance, c’est financer publiquement les compagnies d’assurance, en faisant payer aux producteurs et aux contribuables les dégâts de la dérégulation.

Afin de maintenir les prix à un niveau juste, tant pour les producteurs que pour les consommateurs, il est indispensable d’avoir non pas un « filet de sécurité » (un filet si bas qu'il n'empêche pas les désastres), mais une « boîte à outils » adaptée aux différentes productions, avec des instruments qui permettent d'agir en amont des problèmes d'instabilité et d'insuffisance des prix.

La maîtrise publique de la production est indispensable, qui empêche les excédents ou pénuries structurelles. Il faut y associer :

    des stocks stratégiques de céréales au niveau européen et international, (ils ont fortement baissé ces dernières années, accentuant l'insécurité alimentaire mondiale et la spéculation), à un niveau suffisant pour faire face aux variations de rendements et contrer la spéculation.

    une interdiction de toute forme de dumping (exportation à des prix inférieurs aux coûts de production grâce aux aides à l’export ou aux paiements directs) et si nécessaire des tarifs douaniers pour empêcher des importations „low cost“. Oui, il faut modifier les règles actuelles du commerce international, qui datent du siècle dernier.

La priorité de l’agriculture UE n’est pas d’être compétitive sur le marché international, mais de nourrir les européens. L’UE peut exporter, mais qu’elle le fasse sans aides directes ou indirectes : la PAC a besoin de légitimité sur le plan international.

Vin, lait, sucre

ECVC s’oppose à la suppression des droits de plantation de vigne en 2016, qui ne ferait que concentrer encore davantage la production. D’ailleurs les Etats membres viticoles sont opposés à cette interdiction. Il en va de même de la disparition des quotas sucriers et des quotas laitiers, qu’il faut améliorer au lieu de les supprimer.

Fruits & légumes :

ECVC regrette l’absence de mesures ambitieuses concernant ce secteur, capables d’assurer une production durable de fruits et de légumes locaux, afin d’améliorer la qualité de l’alimentation des citoyens européens.

Chaîne alimentaire

ECVC approuve l’objectif de renforcer le pouvoir de marché des producteurs par rapport à l’aval. Cependant, l’expérience du secteur des fruits & légumes, où seuls les groupements de producteurs reçoivent un soutien, montre que sans régulation de la production et du marché, le pouvoir reste à la grande distribution et à l’agro-industrie : les crises dans ce secteur sont récurrentes et la délocalisation se poursuit.

Paiements directs

Rappelons en préambule que les paysan(ne)s restent dépendants de ces paiements directs tant que les prix agricoles restent liés aux prix mondiaux et non aux coûts de production européens.

ECVC soutient les objectifs de convergence des paiements directs entre Etats membres et à l’intérieur des Etats membres, ainsi que les objectifs de plafonnement, de limitation des paiements aux agriculteurs actifs, de paiements directs aux petites exploitations, de verdissement. Elle dénonce le conservatisme de ceux qui veulent maintenir une répartition très injuste des paiements directs. Il en va pourtant de la légitimité sociale et environnementale de ces paiements !

Cependant les propositions concrètes de la Commission correspondent à peine aux objectifs. Il ne suffit pas d’énoncer des objectifs dans le sens des attentes de la population : encore faut-il que les instruments concrets ne les trahissent pas !

Afin de donner la priorité à ceux et celles qui produisent, qui travaillent sur les exploitations, plutôt qu’aux hectares, afin de favoriser l’emploi paysan et salarié, ECVC demande que les paiements directs soient calculés par actif agricole.

Les paiements par hectare en effet sont plus un soutien à la capitalisation (foncier, matériel, bâtiment) qu’aux producteurs. Les paiements sans plafond ou presque favorisent la concentration des terres par ceux qui accaparent les primes.

Agriculteurs actifs

Pour ECVC, un agriculteur actif est une personne qui travaille sur l’exploitation. Inversement, quelqu’un(e) qui ne travaille pas sur l’exploitation ne doit pas avoir droit aux paiements directs.

Le seuil proposé de 5% de paiement direct par rapport au revenu non agricole est trop bas et ne concerne qu’un nombre de cas extrêmes. Par ailleurs les agriculteurs pluriactifs ne doivent pas être lésés (majoritaires dans certaines régions, ils jouent un rôle très important dans la production alimentaire locale et régionale et la vitalité du monde rural).

ECVC propose que :

- en-dessous de 10.000€ de paiement direct, on ne doive pas justifier de son activité agricole

- au-dessus de 10.000€, au moins 25% du revenu doit être d’origine agricole.

 

Forfait pour les petites exploitations

ECVC salue la prise en compte de l'existence des petites fermes et est favorable à un paiement spécifique. Mais en proposant aux petits paysans de choisir entre une petite somme forfaitaire, pour solde de tout compte dans le premier pilier, et le système de paiement direct, la Commission traite les petites exploitations à part, au lieu de les maintenir dans le même système que les autres. Il s’agit plus d’une aumône versée en attendant qu’elles disparaissent, d’autant qu’il est proposé dans le 2e pilier une prime aux petites fermes pour qu’effectivement elles disparaissent.

Pour ECVC,

    le paiement « petites exploitations » doit s’ajouter au paiement direct du premier pilier, très faible pour les petites exploitations,

    Il faut supprimer de la proposition la date limite de 2014 pour l’accès à cette prime,

    Il faut donner aux Etats membres la possibilité d’augmenter le seuil maximum de 10% des paiements directs, en fonction des situations  réelles de l'agriculture des différents Etats membres

    Il faut augmenter le niveau de la prime, avec un minimum de 1000€ par exploitation,

    pour aider les Etats membres à définir les fermes pouvant bénéficier de la prime, la Commission Européenne doit développer un cadre de définition avec des indicateurs de revenu, surface,...

Par ailleurs ECVC attend la mise en œuvre de normes spécifiques pour la transformation des produits agricoles à petite échelle à la ferme ou en artisanat local. Les normes industrielles sont pour l’industrie.

Plafonnement des paiements directs

ECVC est en faveur d’un plafonnement plus significatif que la proposition symbolique actuelle, qui ne va prélever aux plus grandes exploitations que 1,3% de l’ensemble des paiements directs. La Cour des Comptes UE a pourtant alerté l’UE à plusieurs reprises sur le manque de légitimité de la répartition actuelle très inégale des paiements directs. Ne pas oser un vrai plafonnement des paiements, c’est ouvrir un espace politique à tous ceux qui veulent réduire drastiquement le budget agricole européen.

ECVC demande à l’UE :

- d’inclure le montant du verdissement dans le plafond,

- d’abaisser le premier plafond à 100.000€, avec plafond absolu à 200.000€. ECVC demande qu’on ne prenne en compte que 50% des charges salariales dans le calcul des plafonds, pour ne pas favoriser le développement de très grandes exploitations avec beaucoup de salariés.

Paiements couplés

ECVC demande de maintenir la possibilité pour les Etats membres de coupler les paiements directs au taux maximum. Cette mesure démontre l’absurdité du découplage des paiements directs de la production : il favorise en effet la diminution voire l’abandon de la production dans certaines régions et sert surtout à cacher les paiements directs dans la boîte verte de l’OMC.

«Verdissement »

ECVC est d’accord avec le pourcentage de 30% de verdissement mais espérait des avancées plus significatives en faveur d’une agriculture plus économe en intrants et en énergie, qui stoppe la baisse de la matière organique des sols et contribue ainsi à diminuer le réchauffement climatique, qui stoppe le développement de l’élevage industrialisé (porc, volaille, lait, lapin,….) et autres modes trop intensifs de production, comme dans la vigne, les fruits & légumes, etc….

Il faut donc revoir les mesures proposées, qui vont à peine verdir la PAC puisque la majorité des exploitations y répondent déjà.

Les 3 mesures proposées par la Commission ne concernent pas toutes les régions agro-climatiques : il faut y ajouter des mesures adaptées aux autres régions, comme les régions méditerranéennes ou nordiques.

ECVC demande de :

- rendre obligatoire la rotation des cultures entre les parcelles en remplacement de la mesure dite de « diversité des cultures »,

- inclure les protéines végétales/légumineuses dans la rotation, là où les conditions agro-climatiques le permettent : l’avantage de ces cultures pour la fertilité des sols et le climat est depuis longtemps reconnu, et l’UE en importe 80%.

- interdire le labour des prairies permanentes non pas à partir de 2014, mais à partir de 2012, pour éviter un retournement important de prairies en 2012-20134 .

- préciser les critères d’éligibilité des prairies permanentes, afin de ne pas exclure des zones de parcours extensifs de pâturage non herbeux, très importants pour l’élevage pastoral dans beaucoup de régions défavorisées,

- interdire les agro-carburants sur les surfaces écologiques.

Par ailleurs, il faut inclure dans le 1er pilier un soutien :

- aux méthodes culturales augmentant le taux de matière organique du sol

- à l’augmentation de surface de prairies permanentes

Développement rural

La proposition de 6 priorités offre des possibilités et une flexibilité intéressantes aux Etats membres et aux régions. Mais, sans fixation de seuil minimum ou de plafond, il y a un risque de disparités territoriales  croissantes et de concentration de certains « contrats de partenariat » sur les investissements.

ECVC soutient le plancher de 25% pour les mesures agro-environnementales et salue les mesures en faveur des circuits courts.

ECVC demande que le soutien aux assurances soit retiré du 2e pilier. Cela n’a rien à voir avec le développement rural. De plus Il y a un risque, étant donné les aléas climatique croissants et la volatilité croissante des prix dans la proposition de réforme, qui ne s’attaque pas à ses causes, que cette mesure absorbe une trop grande partie des fonds du 2e pilier.

Les critères du soutien à l’innovation doivent être mieux définis. Pour ECVC, c’est ici l’innovation sociale et l’innovation agronomique durable qui doivent avoir la priorité.

1 Voir communiqué ECVC du 24 octobre : http://www.eurovia.org/spip.php?article518

2 position ECVC de janvier 2010 : http://www.eurovia.org/spip.php?article273

3 http://nyelenieurope.net/foodsovcap/

4 Pour cela la Commission pourrait faire une proposition dès maintenant au Conseil et au PE, en dehors du paquet législatif PAC.

 
Gwenaëlle Martin


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> INF# = 163 .
Envoyé le: 13.12.2011.
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> INF# = 162 .
Envoyé le: 12.12.2011.
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Activia et Actimel

DANONE OBLIGÉ DE RETIRER SA PUBLICITÉ MENSONGÈRE APRÈS 15 ANS 

DE MATRAQUAGE ET DE DÉGÂTS.

Le « pavé dans le pot de yaourt » qu’à lancé Didier Raoult, chercheur français dans la prestigieuse revue scientifique « Nature » de septembre 2009 a fini par être payant.

Pour le patron du labo de virologie de la Timone à Marseille, les yaourts et autres boissons lactées farcis aux probiotiques que l’on nous fait avaler depuis près de 20 ans auraient une grosse part de responsabilité dans l’épidémie d’obésité qui frappe les enfants.

Les probiotiques que Danone ajoute à tout va dans divers yaourts sont selon les allégations de la marque assénées à la télévision, censées « booster » les défenses immunitaires.

On en trouve plus de 1 milliard par pot d’Activia ou d’Actimel. Le hic est que ces bonnes bactéries « actives et vivantes », dixit Danone, sont les mêmes que celles utilisées depuis longtemps dans les élevages industriels comme activateurs de croissance pour faire grossir plus rapidement cochons et poulets.

Un porc ainsi gavé de probiotiques, c’est plus de 10 % de gagné sur la balance. Danone pousse donc à « élever » nos enfants comme des cochons ou des poulets….

En fait, en début d’années, des chercheurs ont eu l idée de comparer la flore intestinale des obèses et des non obèses. Et là, surprise, les premiers étaient bourrés de probiotiques – ceux qu'on trouve justement dans les yaourts « santé plus ».

Didier Raoult commente : « On a autorisé pour l'alimentation humaine des activateurs de croissance utilisés dans les élevages, sans chercher à savoir quel serait l’effet sur les enfants ».

Du coup, celui-ci a réclamé des études pour connaître le rôle précis de TOUS les produits lactés dans l'épidémie d'obésité infantile. En outre, il n y a pas que les enfants qui sont victimes de cette supercherie ; j’ai rencontré de nombreuses femmes potelées bien que sous alimentées, et qui cherchaient désespérément à maigrir en se limitant à quelques yaourts par jour plus quelques babioles. Et désespérante désillusion, elles continuaient à grossir, étaient de plus en plus fatiguées et fragiles, surtout en hiver où il est indispensable de se YANGUISER, alors que les yaourts sont hyper YIN.

D’où l’article « Aigle moqueur » que j’avais passé dans « Pratique de Santé » sous le titre « DEVENEZ XXL AVEC DES YAOURTS » Finalement, les semeurs d alerte indépendants ont fini par émouvoir les services officiels avant que le scandale n éclate trop au grand jour.

C’est ainsi qu’ils viennent de mettre la pression sur le groupe Danone, l'obligeant selon les termes délicats des grands journaux «à revoir sa copie» (Un monstre comme Danone, ça se ménage…). Il faut tout de même réaliser que cela pourrait être un coup dur pour le lobby puisque les groupes Actimel Europe et Activia Europe pèsent ensemble > 1,5 milliards d’euros sur un chiffre total Danone de 15 milliards, soit 10 %.

Mais je ne me fais guère de soucis pour cette entreprise de tricheurs, car entre ses discrètes et adroites manœuvres de retrait publicitaires et les addictions de beaucoup de consommateurs automatisés, il n’y a pas vraiment le « feu au lac », en attendant qu’on nous invente une autre « salade à la mode ».

 

C'est officiel depuis fin septembre 2011 c'est pourquoi il n'y a plus de pub à la télé

Faites passer…



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> INF# = 161 .
Envoyé le: 24.11.2011.
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Lettre de l’APLI 29 N° 23

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> INF# = 160 .
Envoyé le: 13.11.2011.
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> INF# = 159 .
Envoyé le: 09.11.2011.
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Veuillez trouver ci-joint un rapport issu d'une convention d'étude et réalisé par Jean-Christophe Kroll (dir.), Aurélie Trouvé et Martin Deruaz (laboratoire CESAER INRA-AgrosupDijon).
La présente synthèse, intitulée "Quelles perspectives de régulation après la sortie des quotas ? Faut-il encore une politique laitière européenne ?", vise à alimenter le débat économique sur la sortie des quotas et sur les perspectives de régulation des marchés laitiers. Il s'appuie sur une large bibliographie et sur une année d'enquêtes de terrain dans différents pays, hors de l'UE et au sein de l'UE (Etats-Unis, Suisse, Allemagne, Pays-Bas).
Le rapport de synthèse s'accompagne de deux autres tomes ("Analyse des différents modes de régulation des marchés des produits laitiers dans le monde" et "La sortie des quotas : état des lieux et perspectives en Europe"), finalisés en 2010 et disponibles au lien suivant : http://www2.dijon.inra.fr/esr/pagesperso/trouve/index.htm
Nous vous joignons également un focus sur la politique laitière des Etats-Unis.

Nous vous en souhaitons bonne réception.

Jean-Christophe Kroll, Aurélie Trouvé et Martin Deruaz



Résumé

La politique laitière européenne demeure marquée par un contexte de surproduction importante apparue dès la fin des années 70, qui a conduit en 1984 à la mise en place de quotas. Cette forme de régulation des marchés laitiers, qui a perduré pendant deux décennies, est aujourd'hui en voie de démantèlement progressif d'ici 2014 ou 2015. Cette sortie des quotas ne peut être comprise qu'en lien avec les autres décisions concernant le secteur laitier, qui toutes aboutissent à une libéralisation accrue des marchés.
Cette recherche vise à interroger la sortie des quotas et ses conséquences, ainsi que les perspectives de régulation des marchés laitiers. Elle croise des résultats issus de la littérature économique et d'enquêtes de terrain notamment aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne et aux Pays-Bas pour une comparaison internationale des modes de régulation des secteurs laitiers. Les observations empiriques se sont appuyées à chaque fois sur des documents institutionnels et sur une quinzaine d'entretiens avec des acteurs publics et privés considérés comme représentatifs et jouant un rôle important dans la filière laitière.

1. La sortie des quotas laitiers dans le débat économique

L'état des lieux de la littérature économique sur les conséquences de la sortie des quotas met en évidence l'hégémonie des travaux reposant sur des cadres théoriques néoclassiques standards dans les argumentaires mobilisés pour justifier cette sortie des quotas. Ce cadre théorique conduit, par construction, à considérer que les quotas constituent une rente indue pour les agriculteurs, dont la suppression est bénéfique au bien-être collectif, dans la mesure où ce que gagnent les consommateurs et les contribuables est supérieur à ce que perdent les producteurs.
Il s'agit alors d'évaluer le poids et la vraisemblance des hypothèses sur lesquelles reposent ces modèles dans les résultats obtenus et la légitimité des implications normatives qu'on peut en tirer. Or la littérature économique fournit de ce point de vue de nombreux éléments permettant de remettre en cause les hypothèses des modèles. Livrés à eux mêmes, les marchés laitiers sont sujets à d'importants disfonctionnements en raisons de leurs caractéristiques propres telles que la rigidité de la demande, les variations aléatoires du volume de production, une asymétrie d'information sur les conditions de valorisation de la matière première, des contraintes techniques qui créent une situation de dépendance économique réciproque entre producteurs et transformateurs, des difficultés d'ajustement à court terme de la production à l'instabilité des prix, et une étroitesse des échanges internationaux. Autant de disfonctionnement qui, d'un strict point de vue théorique, peuvent justifier une intervention correctrice des pouvoirs publics. Les études empiriques et prospectives montrent également que la suppression des quotas laitiers a des conséquences sociales et environnementales importantes, liées à un renforcement de la sélection des exploitations, à l'accroissement de leur taille et de leur fragilité financière, à une concentration géographique accrue des bassins de production, à une nouvelle compétition entre les régions laitières européennes.

2. La régulation du secteur laitier : une comparaison internationale

L'analyse comparée des modes de régulation des marchés laitiers dans quelques grands pays tiers producteurs, ou exemplaires par les caractéristiques de leur régulation, permet de souligner les écarts qui peuvent exister entre les discours normatifs et la réalité observable. Elle permet de montrer que tous les pays ayant à approvisionner un marché domestique important se sont dotés de politiques laitières spécifiques, dont les modalités différent cependant selon les objectifs stratégiques poursuivis, en matière d'exportation notamment. En Europe, l'unification du marché n'a pas effacé l'hétérogénéité des situations agronomiques, économiques et politiques, qui s'est au contraire accrue avec les élargissement successifs et la diversité des modalités de gestion des quotas laitiers spécifique à chaque Etat membre depuis 1984.
En résulte une évolution divergente des "modèles laitiers" dans la période récente, entre États-membres voire entre bassins de production d'un même État-membre. Face à une sortie des quotas laitiers qui exacerbe la concurrence et libère les forces de divergence, et dans un contexte de désarmement des dispositifs communautaires de régulation des marchés, les Etats-membres et les régions - ceux qui en ont les moyens - arment des dispositifs plus ou moins détournés de soutien à la production et aux filières laitières, ce qui, conjugué à la remise en question des dispositifs de solidarité budgétaire, conduit à une nouvelle "guerre des régions". Cette dynamique nouvelle interroge également sur les conséquences socio-économiques et environnementales du modèle laitier "expansionniste" qu'entend promouvoir la Commission européenne, avec l'abandon de la production laitière dans des régions entières de l'UE et le risque d'un ajustement cyclique des marchés laitiers ouvrant la voie à de nouvelle crise laitière.

3. Perspectives de régulation des marchés laitiers européens : une analyse critique

En regard des multiples questions que posent la sortie des quotas et le désengagement des pouvoirs publics, un nouveau discours se consolide au niveau européen sur l'utilité du maintien de certaines formes de régulation, à condition de substituer aux anciennes formes de régulation publique, présumées archaïques et coûteuses, des formes rénovées de régulation, présumées mieux adaptées au nouveau contexte de la concurrence internationale et plus efficaces. Ceci conduit à privilégier des formes de régulation essentiellement privées telles que les marchés à terme, le renforcement des relations contractuelles et des organisations professionnelles, le développement de systèmes d'assurance et de fonds de mutualisation, l'amélioration des conditions de la concurrence par la transparence de l'information.
L'élargissement du cadre d'analyse et la mobilisation d'approches économiques moins conventionnelles, conjugués aux enseignement des observations empiriques, permettent de montrer les limites de ces nouveaux outils, qui ne peuvent en aucun cas se substituer aux dispositifs des régulations publiques des marchés, et aux arbitrages politiques qu'ils impliquent. A partir des expériences des pays étudiés, différentes pistes d 'encadrement de la production et des marchés sont explorées tels que les aides contra-cycliques, la mise en place ou le maintien de filets de sécurité, la segmentation des marchés, la maîtrise de la production à partir d’un dispositif rénové de quotas, avec une attention particulière portée aux propositions récentes actuellement en discussion aux États-Unis.
En tout état de cause, il apparaît que le développement d'une production laitière durable en Europe suppose un arbitrage entre des objectifs multidimensionnels d'ordre économique, social, territorial et environnemental qui implique des choix politiques qui ne soient pas uniquement dictés par une approche économique trop sommaire, dont l'analyse approfondie permet de cerner les limites.




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